Les voix de Sainte-Anne

Reportage co-produit par Polka Magazine et Libération

Liens vers le site de Libération :

« Les visages de Sainte-Anne » sont six parcours de patients suivis pendant un an : https://www.liberation.fr/apps/2019/11/sainte-anne-photo/

« Les voix de Sainte-Anne » raconte un an d’immersion dans le secteur 15 : https://www.liberation.fr/apps/2019/11/voix-de-sainte-anne/

« Les photographes de Sainte-Anne »  relate les ateliers photographiques thérapeutiques que j’ai menés pendant un an avec des patients du secteur 15 : https://www.liberation.fr/photographie/2019/11/14/les-photographes-de-sainte-anne_1761501

 

Une interview sur ce travail dans Polka Magazine :

Mon année de reportage à l’hôpital Sainte-Anne, par Yann Castanier

 

Pendant un an, de novembre 2018 à octobre 2019, j’ai suivi des personnes atteintes de pathologies mentales au sein du secteur 15 de l’hôpital psychiatrique Sainte-Anne. Je les ai rencontrées lors de leur hospitalisation, dans un moment de crise, et je les ai accompagnées jusqu’à leur retour à domicile, leur départ en foyer ou clinique.

Ce reportage a abordé deux axes : d’une part, celui de la déstigmatisation des maladies mentales et, d’autre part, celui de l’accompagnement psychosocial des patients vers la réinsertion.

Les maladies telles que la schizophrénie, la bipolarité et, dans une moindre mesure, la grande dépression, sont mal connues du grand public. En incarnant ses pathologies au travers du parcours de cinq personnes, il s’est agi de montrer leurs combats au quotidien, de déconstruire les stéréotypes et les fantasmes liés à ces pathologies, souvent issues de la fiction ou des faits divers.

Jérôme, Loïc, Emma, Alexandre et Thomas ont connu des moments de crise, de souffrance, d’angoisse, voire de délires. Mais ce n’est qu’une partie de leurs vies. Ils ne se résument pas à la maladie. Ils ont des hobbies comme le rap ou la guitare. Certains travaillent : l’une est conseillère bancaire, l’autre est dans le milieu médical. Les suivre de l’hôpital à l’extérieur était essentiel. Il ne fallait pas que l’image les enferme en ces lieux médicaux.

Par ailleurs, l’accompagnement psychosocial est une avancée majeure de la psychiatrie, en rupture avec la logique asilaire des années 70. Aujourd’hui, les patients ne sont plus enfermés pour une vie. Le but est leur réinsertion dans la cité. Le parcours des patients illustre cette logique méconnue. Suite à son hospitalisation, Alexandre se rend au Centre Médico-Psychologique tous les jours et vit à domicile. Jérôme, schizophrène à la prise en charge complexe, part vivre en foyer en Belgique. Emma retourne à domicile en venant en consultation libre tous les 15 jours suite à une crise maniaque.

Ces patients sont des héros qui réapprennent à évoluer au quotidien avec une maladie. Comme un blessé suite à un accident de la route. Pourtant, ils sont marqués au fer rouge par le regard des autres.

Déstigmatiser les maladies mentales a pour but que les personnes souffrant de ces troubles soient mieux acceptées dans la société, mais aussi que celles qui renoncent à des soins par peur de la stigmatisation en bénéficient. Connaître pour ne plus avoir peur.